Assise sur mon volcan

blog de maman / femme / râleuse / boulimique d'écriture (rayer la mention inutile)

« Allô chéri ? J’ai eu un accident…

…Je n’ai rien, enfin je crois… »

 

J’ai eu un accident, mais je vais bien, je crois.
Cette phrase j’ai dû la répéter 40 fois dans l’heure qui a suivi.

Mais revenons un peu en arrière.
Ce matin du 31 décembre, je me suis levée avec les poules, je suis toute excitée de recevoir mes copines et leur petite famille pour le réveillon.
Je me suis fait ma check-list des millions de trucs à faire dans la journée. Parmi lesquelles se trouve la lourde tâche d’aller récupérer la commande au rayon traiteur et de faire quelques courses.

À 10h30 sur un « à tout à l’heure mes loulous » je claque la porte de chez moi et monte dans ma titine adorée (ma voiture quoi). Je mets le CD d’Adèle que m’a amené le Père Noël et je prends la route en chantant à tue tête « helloooo, it’s me ». Je roule sur cette route que je connais si bien, qui nous permet de quitter notre montagne pour retrouver la civilisation.
La chanson n’est pas terminée mais, soudain, j’arrête de chanter. Ça glisse, putain ça glisse. Ça zigzag, ça dérape.

Pas de panique, ça m’a déjà fait le coup il y dix jours, j’ai pu reprendre le contrôle, je sais comment faire.

Sauf que là je roule plus vite, sauf que là je n’arrive pas à retrouver de l’adhérence, sauf que là je commence à paniquer à faire les mauvais gestes, peut être, je ne sais plus…

Le terre-plein central en béton me fonce dessus, une première fois,

et merde, cette fois on y est, j’ai un accident

Je pars en toupie et je reprends le mur en pleine face, les airbags se déclenchent

oh putain ma voiture est fichue

La voiture est propulsée en arrière sur le mur en béton de l’autre côté de la route.
ça la stoppe, c’est fini.
J’ai le souffle coupé, je tousse, l’habitacle est plein de fumée.

Le monsieur qui me suivait s’est arrêté et me fait sortir en panique de la voiture, il croit qu’elle va prendre feu.
Mais non, non, non, je pleure, je ne veux pas

je veux récupérer mes affaires, il me faut mon téléphone, il faut que j’appelle mon mari.

Putain, comment on va faire pour ce soir ?

Oui je me pose des questions existentielles dans les moments critiques.
D’autres personnes s’arrêtent me demandent si je vais bien… oui, je crois, j’ai juste un peu mal aux genoux… on me prête un téléphone le temps que le monsieur cherche le mien qui s’est envolé dans l’habitacle et j’appelle mon mari.

J’ai du mal à réaliser que tout ça est vrai… Je suis du genre à me faire des films catastrophes en permanence dans ma tête et cette scène là, je l’ai déjà vu des millions de fois, mais cette fois, c’est pour de vrai.

Je tremble, je pleure, j’essaye de reprendre le dessus.

Alors je fais une photo de ma voiture que je balance sur Twitter après avoir envoyé un petit message aux copines que je dois voir dans quelques heures… Oui, hein, c’est très très constructif mais c’est tout ce que je me sens capable de faire.

Les mecs en orange (je sais plus comment ils s’appellent, anciennement la DDE quoi) arrivent les premiers, et ils sont les bienvenus parce que les gens continuent à rouler très très vite sur la route et c’est un tout petit peu flippant. Mon mari arrive peu de temps après, puis les pompiers qui ont été envoyés d’abord à une mauvaise adresse, heureusement que j’étais pas entrain de crever. Dans la foulée les gendarmes et la dépanneuse. Tout s’enchaîne.

Physiquement, ça va. On me prend mes constantes, on me demande comment je me sens… Je fais des blagues.

Tout va bien, je vous assure…

Je demande à rentrer chez moi pour mettre juste un peu de glace sur mes jambes. Les bleus ne sont pas vraiment visibles (pas encore du moins) et je n’ai pas l’impression d’avoir subi un choc à la nuque ou à la tête.

On ne me laisse pas le choix : check-up à l’hôpital O-BLI-GA-TOIRE !

Avant de partir je souffle dans un éthylomètre. On blague avec le gendarme

Il ne faudra pas passer à la maison ce soir pour re-tester mon alcoolémie. Enfin, en même temps je peux picoler j’ai plus de voiture à conduire.

Putain, je suis trop une rigolote en situation de crise.

Mon cerveau est en mode survie, il pense à des trucs débiles.

merde j’ai pas acheté mes collants pour ce soir du coup

On me demandera également à combien je roulais, et je n’en ai franchement aucune idée. Il m’arrive souvent de descendre cette route avec les yeux sur le compteur à rager après le mec qui roule pas devant, mais je ne suis pas une folle du volant. C’est une route à 90, avec des virages, donc je roule tranquille en général. Mais là, il n’y avait personne devant, personne à doubler sur la voie des véhicules lents (merci mon Dieu), je chantais, je n’étais pas pressée, je n’ai pas regardé mon compteur, je ne sais pas… à l’hôpital on essayera de me faire comprendre qu’un choc à 80/90 c’est pas une blagounette, on me fera what’milles examens comme dans les séries télé médicales et on me laissera sortir parce qu’il n’y a rien.

vous voyez, je vous avez dit bordel !

Sauf que le choc émotionnel me rattrape. Je pleure beaucoup, j’entends tout le monde me dire « c’est rien, c’est que de la taule ». Sauf que j’ai beau adorer ma voiture, c’est pas pour elle que je pleure. C’est pour l’innocence, l’inconscience que j’ai laissé sur ce bitume. L’idée que ça n’arrive qu’aux autres, que je sais maîtriser mon véhicule en toutes circonstances et que je ne risque rien, que j’ai une bonne étoile qui veille sur moi. Je suis paralysée par la peur, j’aurais pu y rester, tuer quelqu’un d’autre, avoir mes enfants dans la voiture… oui, je sais, ce n’est pas arrivé, mais d’un coup toutes mes angoisses prennent un tournant beaucoup trop réel…

Il va falloir reconduire. Pire : il va falloir reprendre cette route. J’ai la trouille au ventre. L’image du mur qui fonce sur moi me hante. Le bruit des pneus qui crissent, le son du choc sur le mur, l’explosion des airbags tournent dans ma tête. Je n’ai pas perdu que de la taule dans cet accident.

Si j’écris ce texte aujourd’hui, ce n’est pour attirer la compassion. Il est sûrement un peu illisible et brouillon d’ailleurs. Je l’écris pour moi. Juste pour moi. Pour essayer de faire sortir tout ça. Pour prendre du recul, en espérant que transformer les images en mots permettront de les rendre moins violentes dans mon esprit.

Je suis vivante. J’ai eu un accident, j’ai quelques contusions, quelques angoisses, mais pour le reste, ça va, je crois…

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12 thoughts on “« Allô chéri ? J’ai eu un accident…

  • Des bisous par millions ma jolie !!

  • J’ai eu deux accidents dans ma vie. Un comme le tien : route de campagne, glissante… J’ai fini au milieu d’un champs et, heureusement, une voiture est passée et m’a aidé à ressortir du champs.

    Puis un avec un mec qui s’est littéralement jeté au milieu de la chaussée, sur une départementale qui traverse une grosse ville. Je roulais pas vite (40km/h) mais le gars a rebondit sur mon pare-brise et s’y est enfoncé.
    Pendant 4 jours, j’ai eu l’image de l’accident chaque fois que je voyais mon pare-brise défoncé (le mec n’a rien eu. L’alcool, ça préserve apparemment).

    Du coup, je suis hyper attentive en général en voiture, même s’il m’arrive d’aller un peu trop vite parfois.

    Tu t’en remettras. Avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Ce n’est effectivement pas de ta faute, et il n’y a aucune honte à ne pas avoir réussi à redresser la situation avant la catastrophe.
    Courage ma belle

  • Comme tu fais bien d’écrire tout ça. Tout ce que tu poses là sort un peu de toi pour éviter d’autres angoisse. Ce n’est pas anodin un accident – même matériel.
    Je suis heureuse que tu n’es rien de grave.
    Bon courage pour reprendre le volant, parles en beaucoup et des bisous surtout.
    Et j’adore ton sens de l’humour en toute circonstance.

  • J’ai eu également un accident il y à 5 ans, à cause du verglas. La voiture à glissé, tout comme toi je n’ai pas réussi à la rattraper et tout comme toi avec la panique je crois avoir fait des erreurs et avoir tiré le frein à main (la chose à ne surtout pas faire, je le sais pourtant). J’ai finalement fini sur le toit, ma vitre arrière explosée, mon portable à volé dans l’habitacle. Mais je n’ai rien eu. Ma bonne étoile veillait sur moi.

    Tout le monde me demande, si je suis « tombé » en détachant ma ceinture comme j’étais à l’envers..Je ne sais pas répondre. Le trou noir. Le cerveau à cette capacité de nous préserver, en nous faisant oublier les pires choses. Je me rappel bien la sensation de glisser, le mur arriver sur moi, mais le tonneau pas du tout.

    Au début il est dur de reprendre la route, on panique pour rien, on à peur, surtout sous la pluie, la neige mais avec le temps on oublie. Mais notre vision du danger est encore plus présent qu’avant.

    Remet toi bien de tes émotions.
    Biz

  • doublerose dit :

    Finalement, même si « ce n’est que de la taule », ce sont les « et si? » qui sont les plus angoissant. et si les enfants? et si quelqu’un avait doublé? et si, et si, et si…

    Tu es choquée et c’est normal.
    il va falloir reprendre le volant rapidement pour ne pas laisser la panique s’installer. (je n’avais pas compris ce conseil de mon père lorsqu’il m’a donné les clefs de sa voiture le lendemain de mon accident, mais il avait raison.)

    bon courage.

  • Melvin dit :

    Coucou toi,

    D’abord, content que tu n’ai rien de plus grave que de la taule et un petit traumatisme émotionnel. Pour toi, pour tes enfants, pour ceux qui t’aiment.

    Je ne vais pas te rassurer, cet accident, il te restera toute ta vie en tête, comme un filet de sécurité qui te rappellera chaque fois de faire un peu plus attention, que rien n’est jamais sur. Il aura probablement l’intérêt de faire de toi une conductrice encore plus consciente des dangers de la route que tu ne l’étais avant.

    Il faut juste que tu arrives à un moment à te dire « Je vais bien, je suis là, ça aurait pu être pire, je ferais tout pour que cela n’arrive plus jamais ».

    Ça peut paraître facile mais c’est loin de l’être.

    Accepte juste la chance que tu as eu, laisse ça derrière et va de l’avant, tu auras beau refaire 20000 fois la scène dans ta tête, tu échafauderas des milliers de scénarios mais aucun ne te ramènera avant l’accident.

    J’ai eu un grave accident comme ça, j’avais 20 ans, une clio 16s, je roulais peinard sur l’autoroute à hauteur de fontainebleau, 2ème file, 130km/h, la kangoo rouge que j’allais doubler fait un écart, puis zig zag, je lève le pied … elle part en tête à queue devant moi et traverse les 4 voies de l’autoroute. Je la voie rebondir contre la rembarde centrale et me revenir sur le côté. Mauvais reflexe, je met un grand coup de volant, à droite, puis à gauche, la voiture pourtant surbaissée avec laquelle je roule parfois sur circuit se met à glisser, pas grave, je sais faire … jusqu’au mauvais reflexe : je freine. je pars en tête à queue, je tape la rembarde, 1 fois, 2 fois 3 fois, je ne peux plus compter … je me retrouve à l’envers sur la file de gauche.

    Par chance, je n’ai pas calé, j’ai juste le temps de jeter un regard, passer la première et démarrer à fond, pour traverser l’autoroute et aller me loger sur le bas côté.

    Je descends, je vais voir l’autre conducteur, un monsieur d’une 60ène d’année. Il ne sait pas ce qu’il s’est passé, il a probablement perdu connaissance un instant selon sa femme, passagère. Ils n’ont rien. Moi non plus, pas une égratignure. La voiture elle, est défoncée, pas d’airbags à l’époque.

    Les pompiers sont arrivés rapidement, je les revois descendre à toute vitesse en hurlant « ou est le conducteur, ou est le conducteur » et quand j’ai répondu « ici » il m’ont regardé, ahuris « mais vous n’avez rien ? » « vu l’état de la voiture vous avez eu de la chance ! ».

    18 ans que c’est arrivé, j’ai du faire 1,5 million de kilomètres depuis. Je m’en souviens comme si c’était hier.

    Tout ça pour dire que j’aurais pu me planter chaque fois que j’ai un peu poussé la voiture sur des routes de campagne désertes, des 10ènes, des centaines de fois, c’est ce jour là, où je roulais tranquille que c’est arrivé.

    On ne peut pas tout maitriser.

    Tu as la chance de ne rien avoir eu.

    Garde l’essentiel.

    Embrasse les tiens.

    Et bonne année 😉

    Bisous

    On ne peut pas tout maitriser.

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