Assise sur mon volcan

blog de maman / femme / râleuse / boulimique d'écriture (rayer la mention inutile)

ils m’appellent Maîtresse

Il y a quelques semaines, prise d’un certain remord vis à vis de Pôle Emploi qui me verse ma petite rente tous les mois à condition que je coche la case « je suis toujours à la recherche d’un emploi », j’ai ouvert pour la première fois depuis des mois l’application qui permet de lire les offres d’emploi. Sans trop y croire, sans vraiment avoir envie… De toute façon, mon objectif reste le même : préparer le concours de professeur des écoles, et y mettre toute mon énergie. Et puis de toute façon, il n’y aura rien, comme d’habitude, me disais-je.

Sauf que si ! il y avait une annonce qui semblait écrite juste pour moi : recherche professeur des écoles pour un remplacement de 2 semaines dans un ITEP.

un i-quoi ? un institut thérapeutique éducatif et pédagogique. En pratique, c’est un endroit dans lequel des professionnels (enseignants, éducateurs, psychologues, psychomotriciens…) encadrent des jeunes qui ne s’insèrent pas dans le milieu scolaire classique en leur offrant divers cadres de travail pour leur permettre d’appréhender les apprentissages et de dépasser leurs problèmes de socialisation, leurs troubles du comportement, etc… Théoriquement, ce ne sont pas des enfants porteurs de handicap (théoriquement).

 

Me voilà donc à écrire ma petite lettre de motivation, à refaire mon CV pour mettre en avant ma reconversion et cours, et PAF ! à peine, postée, ma candidature était retenue.

 

La peur et l’excitation formaient un gros nœud dans mon ventre le premier jour. Enseignante, je ne le suis pas encore, j’ai longtemps donné des cours particuliers et fait de l’accompagnement scolaire, mais là on parle d’une (presque) vraie classe, avec 7 élèves (et pas des moindres) et moi, toute seule face à eux. J’ai la chance d’avoir quelques instit dans mon entourage, dont ma cousine qui a passé une partie de son week-end avec moi pour m’aider à préparer mes cours. Gloire à elle. Je me sentais vraiment comme un imposteur…

 

Mais quelle sensation bizarre quand, présentée aux enfants j’étais « maîtresse ». Oui, ils m’appelaient maîtresse… C’est pfiou, c’est fou cette sensation… Bon heureusement, pour me remettre les pieds sur terre, ils m’appelaient aussi régulièrement connasse, trou du cul, salope, etc… quel vocabulaire inouï !

 

Je n’ai pas vécu une vraie expérience de maîtresse en réalité. Parce qu’entre quelques rares moments d’apprentissage, ils sont en permanence en conflit, avec eux-même, avec les autres enfants, et avec toutes les figures d’autorité qui les entourent. Ces enfants sont très durs à cerner, à encadrer, à aider.

Mon expérience a été riche, riche en évitement de projectiles, en course poursuite dans les escaliers pour ne pas qu’ils se barrent (putain de classe au 2e étage), riche en insultes reçues, riche en ceinturage de gamins qui menacent de se jeter par la fenêtre (oui, toujours au 2e étage), riche en séparation de bagarre, riche en bleus sur les bras (oui, les miens)… j’envisage de passer ma ceinture noire de lutte gréco-romaine (je sais, il n’y a pas de ceinture en lutte, je tente de faire de l’humour, suis un peu !)

 

Ces enfants ont des vies de merde, des familles éclatées, déficientes, violentes… Ils sont en vrac, et ça se comprend. Ces enfants sont durs, mais terriblement attachants.

 

De cette expérience j’ai surtout envie de retenir les quelques victoires : cet enfant qui refusait de travailler avec tout le monde et que j’ai réussi à apprivoiser par je ne sais quel miracle, ces moments de travail en tête à tête où j’ai découvert toutes les capacités qu’ils ont quand on peut vraiment s’occuper d’eux, les « moi je l’aime beaucoup cette nouvelle maîtresse parce qu’elle est gentille et qu’elle sourit tout le temps », et puis les moments de douceur, parce qu’il y en a eu aussi…

Cette expérience était riche, extrêmement formatrice, je suis contente et fière d’avoir tenu bon ces deux semaines. Peut-être me rappelleront-ils à la rentrée, mais j’avoue, c’était trop chargé en émotions pour moi, j’ai besoin de prendre confiance, de devenir une maîtresse pour de vrai avant de m’y replonger.

Mais, c’est certain, un jour j’y reviendrais, parce que l’enseignement spécialisé, c’est passionnant, épuisant, mais passionnant.

 

 

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9 thoughts on “ils m’appellent Maîtresse

  • Hello !
    J’ai lu ce recueil récemment : http://www.amazon.fr/journal-dun-rempla%C3%A7ant-Martin-Vidberg/dp/2756006416
    qui parle d’une expérience en ITEP, je suis sure que cela te parlerait beaucoup.
    Bises et meilleurs voeux ! (et bon courage pour la préparation du concours !)

  • LudiM dit :

    Et moi j’ai raté ça…
    Je suis tellement contente pour toi !
    Quelle belle (même si difficile) expérience… En plus, ça a dû te redonner un petit coup de boost pour continuer à bosser ton concours à la maison, c’est vraiment super !
    Tu n’as rien d’une imposteur(e ?), bientôt tu pourras assumer ton statut 😉

  • Estelle dit :

    Merci pour ce témoignage réaliste mais plein d’espoir.

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

  • Sweetdaddy dit :

    C’est cool d’avoir ton retour sur cette expérience, je me souviens que sur Twitter tu partageais une, disons, toute pitite appréhension avant de les rencontrer, je comprends maintenant un peu mieux pourquoi (je ne peux pas suivre assez Twitter pour ce que tu as du y noter au quotidien) !
    Ca me fait penser, toutes proportions gardées (encore que, peut-être pas tant que ça ?) au film « esprits rebelles ».
    Ce qui me…quel mot utiliser…je sais, celui qui vient. Donc, ce qui me fait chier dans ce que tu racontes, c’est de se rendre compte de l’importance et des conséquences de ce qui les entoure, et que ça les gâche (au sens propre du terme), tant personnellement que scolairement. Et que, sauf erreur de ma part, il sera difficile de les faire revenir dans le « système normal » et qu’ils puissent devenir des adultes épanouis.
    Parfois je suis triste quand je vois certains parents avec leurs enfants, les traiter comme de la merde, et se fouttre royalement de ce que ça peut avoir comme conséquences sur eux, ça me dépasse. Dans un monde idéal (bon, le mien alors), il faudrait suivre des cours et obtenir un permis pour devenir parent ^^

    • Estamillia dit :

      J’aime bien ton monde idéal 😉 c’est assez terrible de voir quelles épreuves ils ont déjà traversées malgré leurs jeunes années, on a envie de tout réparer pour eux, malheureusement on ne peut pas

  • nath dit :

    Coucou ….bravo a toi d avoir osé …une dure et belle experience.
    Cela va enrichir encore plus t acquis mais surtout ta confiance en toi….bravo

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