Assise sur mon volcan

un petit bout de moi

Aujourd’hui, je pense à lui : ce petit être qui est arrivé aussi vite qu’il est reparti.

 

Nous ne l’attendions pas, mais quand certain(e)s galèrent pendant des années pour tomber enceinte, chez nous, il suffit d’une petite incartade sans protection dans la piscine pendant les vacances, et voilà !

Nous avons ramené un petit intrus d’Espagne.

 

C’était il y a deux ans.

Ce n’était pas fait exprès, mais c’est ce qui le rendait encore plus merveilleux.

Ce n’était pas le moment idéal, mais c’était le destin.

J’ai ressenti les symptômes très vite, avant même d’avoir du retard, je savais que j’étais enceinte.

 

Comme pour ma première grossesse, nous avions décidé de n’en parler qu’à nos parents, et à mes amies très proches.

Les semaines passaient, j’étais heureuse, je tirais des plans sur la comète de cette nouvelle famille à 4 que nous allions former.

 

Puis des pertes de sang, légères, mais prolongées. Je décide de consulter, persuadée qu’on allait vite me rassurer. Et là, le couperet tombe : la grossesse n’est pas viable, le développement de l’embryon s’est arrêté depuis au moins 2 semaines.

Comment est-ce possible ? Qu’est ce qu’on peut faire ? Allez, dites-moi que ce n’est qu’une blague de mauvais goût, ce n’est pas vrai, hein, dites ?

Le désarroi, le passage dans une dimension parallèle : comment mon corps qui m’avait fait un si beau cadeau avec ce bébé surprise peut-il me trahir ainsi ?

Comment on appelle ça ? une fausse couche me dit-on, mais pourtant, je dois prendre des médicaments pour expulser ce petit amas de cellule sans vie qui refuse de lâcher prise.

 

Ce cauchemar, comment s’en relève-t-on ?

Seules quelques personnes sont au courant. Dans un sens, c’est mieux, ça évite d’avoir à faire des milliers de fois l’annonce de cette horreur, la rendant chaque fois plus réelle, et plus cruelle.

 

Mais personne ne comprend, on te dit que :

c’est pas grave, c’est même mieux ainsi

la nature a fait son boulot, c’est mieux que d’avoir un enfant malade

ça passera vite, vous ferez vite un nouveau bébé

 

Non, personne ne comprend que c’est un deuil. Ce petit amas de cellule n’est pas une vie, certes. Mais dans mon cœur, dans mon esprit, cet enfant existait déjà, et je ne pourrai jamais le renier.

 

Aujourd’hui, nous sommes une famille à 4 et demi. Mais je n’en parle jamais.

Nous sommes heureux, le deuil est fait.

J’ai depuis vécu une grossesse sans encombre, et donné vie à un autre bébé merveilleux.

 

Mais je ne peux pas oublier pour autant, je ne Veux pas oublier.

Cet enfant, pour moi, il a existé, même si c’est tabou, même si c’est mal venu, c’est comme ça : je sais qu’il a été là, en moi.

Je ne souffre plus, mais je ne sais pas vraiment quoi faire des sentiments pour ce petit bout de moi qui est parti.

Alors voilà, parfois, je pense à lui.

Et aujourd’hui, je partage cette pensée…

14 thoughts on “un petit bout de moi

  • MamanIsaure dit :

    Coucou,

    Je découvre ton blog.
    J’ai vécu la même chose que toi, après 13 mois d’essais, j’ai fait une fc à 8 semaines (en 2010) … 🙁
    Ça a été très dûr mais, 1 an après, j’étais enceinte 😉 Je ne l’ai pas oublié non plus mais bon, on y peut rien, c’est la vie… 🙁

    Courage !!!

    • Estamillia dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire.
      Comme tu dis, c’est la vie, on passe à autre chose mais il reste toujours ce petit pincement quand j’y repense même des années après…
      J’espère continuer à te retrouver sur mon blog pour des billets plus joyeux 🙂

  • Je passe juste de laisser un petit ♥, tu sais pourquoi. J’en ai parlé, peu mais suffisamment pour que ça m’aide. Aujourd’hui j’évite la discussion non pas pour moi bizarrement mais pour l’entourage parce que je pense et me dis que ça les met mal à l’aise… c’est con hein ?

    • Estamillia dit :

      oui je me souviens, tu m’avais laissé un petit com sur ce même billet, mais il n’a pas déménagé avec le blog
      et non, c’est pas con, de toute façon les gens sont super maladroits pour parler de ça et très mal à l’aise…
      écrire dessus m’a fait beaucoup de bien
      il m’arrive d’en parler avec ma meilleure amie qui a vécu la même chose quelques mois après moi mais qui n’arrivent pas à en discuter sans pleurer… je me dis que j’ai fait du chemin en fait

  • J’ai vécu cela aussi. Grossesse arrêtée, on s’en est rendu compte à 8 semaines. C’était notre premier bébé. Le deuil de tous ces projets, ce futur avec le bébé qu’on se crée dès le test positif est dur à faire. Je crois qu’il n’y a que l’arrivée d’un bébé qui guérit vraiment. Je n’ai pas oublié ce 1er bébé qui fait partie de l’histoire de notre famille. Mais, quelques mois après, SweetPrincess s’installait dans mon ventre. S’il n’y avait pas eu cette FC ce n’est pas elle qui serait là aujourd’hui alors je ne changerais rien…

  • Maman Yuki dit :

    Comme je suis nulle pour poser des mots dans ces cas-là, je te laisse juste un énorme câlin <3 <3 <3

  • Beaucoup de femmes vivent cette épreuve (environ 1 femme sur 4). Je fais partie de ces femmes et mon épreuve remonte à quelques mois seulement. La cicatrice n’est pas tout à fait refermée. Moi aussi je garderai toujours le souvenir de cette grossesse commencée.
    Bon courage à toutes les femmes qui vivent cela.
    Amélie

    • Estamillia dit :

      on en parle tellement peu qu’on ne se rend pas compte que c’est si courant
      et en même temps, c’est tellement « banale » pour beaucoup de gens, qu’on pourrait croire qu’on n’a pas le droit de mal le vivre…
      comme tu dis, bon courage aux femmes et aux couples qui en passeront par là

  • Amélie dit :

    Nous aussi on a connu ça… triste triste moment. Je ne m’étais pas autant projetée que toi, je crois, mais ça a été un travail de deuil tout de même… Si tu veux jeter un oeil, je l’ai raconté là : http://viesdamelie.com/2014/06/26/fausse-couche-mauvais-depart/

  • Plein de chaudoudoux pour toi <3

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