Assise sur mon volcan

blog de maman / femme / râleuse / boulimique d'écriture (rayer la mention inutile)

Si j’étais née en 17 ?

Cette chanson de JJ Goldman m’a toujours beaucoup parlé et je ne trouve qu’elle image tellement bien ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui que j’ai écrit autour d’elle :

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

 

Petit plongeon dans l’histoire de l’Europe des années 20-30 et l’ignominie absolue qui s’en est suivie. On a presque du mal à imaginer que ce sont des êtres humains qui ont perpétré ça. On se dit que jamais, nous n’aurions pu faire ça, jamais.

Puis on apprend les conditions de vie et d’éducation de l’époque, la pression économique, le contrôle de l’information… On apprend qu’une poignée d’individus peut détruire la vie de millions d’autres, en les tuant, ou en les rendant complice de leur barbarie.

On apprend que peu de voix se sont levées contre ça à cette époque, mais qu’il y en a eu, quelques unes. On se prend à rêver qu’on en aurait fait partie, forcément !

Puis on étudie l’expérience de Milgram, et on réfléchit.

Et on se dit « heureusement, je n’ai pas à faire ce choix »

 

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

 

On aurait pu croire qu’aujourd’hui, en 2015, les citoyens avaient suffisamment de culture, d’éducation, de connaissances de l’Histoire pour ne pas retomber dans leurs vieux travers, pour ne pas refaire les mêmes erreurs.

Puis on commence à lire les commentaires d’internautes sur quelques articles de presse, toujours plus violents, toujours plus emplis de haine envers son prochain, envers celui qui est différent.

Puis on entend les paroles interdites se libérer, les insultes et les noms d’oiseaux lâchés sans même y penser, les slogans appeler à l’expulsion, au meurtre. L’Autre n’est plus un être humain, l’Autre vaut moins que rien, moins qu’un chien.

On voit ces gens qui grandissent dans la haine, et qui épousent les extrêmes, quelle qu’elles soient. Ce sont les mêmes.

On ne veut prendre parti pour aucun d’eux. On n’est d’accord avec aucune de leurs idées.

Tout ce qu’on veut, c’est vivre en paix, heureux. C’est voir grandir nos enfants dans un pays libre, fraternel. Dans une République qui clame haut et fort sa devise :

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

 

Mais aujourd’hui, j’ai peur. Peur pour moi, mais aussi -et surtout- pour mes enfants.

Pas peur de ces gens là, mais peur qu’on nous demande de choisir.

Qu’on demande à mes enfants de choisir un camp.

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

 

 

 

 

 

soutien charlie hebdo

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6 thoughts on “Si j’étais née en 17 ?

  • Maman Rite dit :

    Bonjour, très beau texte, très juste !
    une des questions qui me revient sans cesse est : comment on en arrive là ? comment des Hommes arrivent à oublier qu’en fasse d’eux se trouvent d’autres Hommes ? cette question je me la pose depuis toute jeune et même en vieillissant je ne trouve pas de réponse. Merci pour tes textes.

  • Voilapapa dit :

    Comme toi, un thème qui me touche énormément, me fait réfléchir. Comment l’effet de masse peut-il devenir si puissant, conduire à taire tout esprit critique et suivre n’importe qui ? (Heureusement, la foule nous a montré hier que la masse est également capable du meilleur…).
    J’ai travaillé à Belfast sur ces questions (« Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
    Soldat d’une foi, d’une caste
    Aurais-je eu la force envers et contre les miens
    De trahir: tendre une main »)
    C’était vraiment interpellant : une société coupée en deux, complètement ségréguée bien que la guerre en tant que telle soit achevée. On croise des protestants, des catholiques de toute condition, tout niveau de culture, d’éducation… Mais ils continuent à fréquenter des écoles différentes, des supermarchés différents, à marcher sur des trottoirs différents. L’effet de masse, de communauté, est d’une puissance phénoménale. Alors quand nous pouvons prouver que nous sachons résister et marcher. Résistons et marchons !

    • Estamillia dit :

      oui, c’est vrai que cette manifestation de dimanche redonne un peu d’espoir
      merci pour ton témoignage sur Belfast, j’avoue que je connais très mal ce qui s’y est passé, c’est intéressant ce que tu expliques (comme quoi tu racontes pas que des bêtises)(oh ça va, je rigole)(bisous)

  • Ribamb'elles dit :

    Ce que tu écris m’interpelle…

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