Assise sur mon volcan

mes histoires #9 : encore un matin

histoiresQuand j’ai commencé à écrire mes petites histoires sur mon blog, je vous ai proposé des textes qui partaient de choses que je voyais, de gens que je croisais, de situations que je vivais. Juste des petits quelques choses qui nourrissent l’imagination au quotidien et sur lesquels je brode une histoire.

Pour ce texte, toute ressemblance avec des personnes et/ou des faits réels ne serait que fortuite (on ne sait jamais, au cas où ils passeraient par là).

 

 

 

ENCORE UN MATIN

 

 

Le réveil sonne j’entrouvre les paupières. Quel jour sommes-nous déjà ? ha oui, mardi.

Encore une journée interminable en perspective. Je n’ai pas envie de me lever. Je met le « repeat » de mon réveil et m’enfouis à nouveau sous la couette, bien au chaud. Loin des tracas du quotidien.

Il est 7h30. Il faut vraiment que je me lève. Je soupire et traîne ma carcasse endolorie jusque sous la douche. Le jet chaud me fait un bien fou. J’y reste longtemps. Trop longtemps. Je n’ai pas le temps de petit déjeuner, je suis en retard.

J’essaie de ne pas penser à ce qui m’attend là, au bout de mes trente minutes de route. Ce bâtiment froid et gris, cet ascenseur qui fonctionne une fois sur deux, tous ces gens qui avancent en regardant leurs chaussures, comme des robots à la mine triste. Et Eux, les heureux qui ont raflés ma mise. Les vicieux qui sont prêts à tout écraser sur leur passage. Les pervers qui prennent tellement de plaisir à me pourrir la vie. Et Elle, la Responsable, la Chef. Petite chef de pacotille qui tente de masquer son incompétence derrière ses gesticulations insensées.

Une grosse boule se forme dans ma gorge quand j’atteins le parking. Un énorme poids m’écrase le sternum quand je sors finalement de ma voiture.

L’ascenseur marche, peut-être l’augure d’une bonne journée ? J’arrive au 5e étage et je prends le long couloir sombre qui mène au cagibi qui me sert de bureau. J’ouvre la porte et découvre ma petite table métallique encore recouverte de dossiers jetés négligemment et de dizaine de post-it qui ne se trouvaient pourtant par là à mon départ hier soir. Je n’ai pas besoin de les lire, je sais qu’ils seront couverts de reproches « ça ne se fait pas comme ça », « peux-tu ENCORE me refaire ci », « tout à revoir sur ce dossier ». Même ma feuille d’émargement, mes demandes de congés et de remboursements de frais de déplacement sont couverts de ces petits papiers fluo orduriers. Quel joli tableau toutes ces formes et toutes ces couleurs !

Je pose mes affaires sur mon porte manteau, les mains tremblantes et les larmes aux yeux. J’hésite à allumer mon ordinateur et ouvrir ma boîte mail. Elle aussi sera probablement remplie d’ordres et d’imprécations. Je suis fatigué, tellement fatiguée.

J’entends la Fouine dans le bureau d’à côté. Je n’ai pas envie de le saluer. Je sais qu’il va encore se précipiter vers la Tortionnaire à son arrivée pour lui lécher les bottes et lui parler de mon léger retard.

J’essaie de relire les corrections stupides qu’elle a voulu apporter à mon texte de son écriture illisible quand je l’entends arriver, chantonnant des « bonjour » à chaque porte ouverte du couloir. Elle a l’air de bonne humeur ce matin. Peut-être m’oubliera-t-elle un peu pour une fois ?

 

Il est 10h et j’ai passé ma première heure à refaire un courrier qu’elle me demande de modifier pour la troisième fois. Il ne ressemble plus à rien ce texte. Mais je ne cherche plus à faire du bon travail. Je fais juste ce qu’on me dit. Quoi qu’il arrive, je retrouverai probablement ce document demain matin sur mon bureau, décoré de jolis post-it gribouillés.

J’entends le clap-clap de ses talons sur le sol et je me crispe. Faites qu’elle ne vienne pas ici.

– Bah alors ? Tu t’enfermes dans ton bureau maintenant ? Qu’est ce qui se passe, ça va pas ?

– J’avais juste un coup de fil important à passer, me défendis-je, sachant pertinemment qu’elle démasquerait le mensonge, puisque grâce à elle, je n’ai plus jamais de chose importante à faire.

– Bon, on va discuter toutes les deux, dit-elle en refermant la porte derrière elle. Mais pitié, essaye de ne pas pleurer pour une fois.

Évidemment, mes yeux me picotent déjà. Je sers les poings. S’en suit un flot de remontrances enrobés dans du miel sur mon incompétence. Je sens chacun de ses mots comme un poignard qui me transperce et me remue les entrailles. Sans m’en rendre compte ma main se crispe sur un objet qui se trouve à ma portée. Je n’en peux plus, ma raison me lâche. L’objet quitte ma main et se projette dans son visage sans que je m’en rende compte. En quelques secondes, elle est là, étalée au sol.

Que dira son épitaphe ? « Morte tuée par une agrafeuse, personne ne la regrettera ».

 

 

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12 thoughts on “mes histoires #9 : encore un matin

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