Assise sur mon volcan

Mes histoires #2

Pour cette seconde tentative d’écriture, ce sont mes vacances qui m’ont inspirée, et certaines personnes croisées au soleil dont je me suis surprise à imaginer la vie, les sentiments, les aventures… tout en me replongeant un peu dans ce que j’étais à leur âge. Pas de bain de sang pour cette fois, promis !

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UNE AVENTURE ORDINAIRE

L’hiver de ses 16 ans, Emma avait dû suivre ses parents en vacances. Enfin, plus exactement, son père et sa belle-mère : Célia, une femme dynamique, belle et terriblement agaçante. Emma était certaine que sa principale distraction était de lui gâcher la vie.

C’est donc avec un enthousiasme très limité qu’elle avait fait ses bagages et pris l’avion pour une destination tropicale. Après de longues heures de vol, ils s’étaient entassés (son père, sa belle-mère, ses deux demi-frères de sept et deux ans et elle) dans un petit bungalow d’un club de vacances. C’était tellement pitoyable, jamais elle n’oserait raconter ça à ses copines en rentrant.
Comme toute adolescente qui se respecte, Emma avait pour principe de dire « non » à tout ce qu’on lui proposait. Alors quand Célia (probablement très pressée de se débarrasser d’elle) lui suggéra d’aller passer un peu de temps dans le « club ado » (le summum de la beaufitude à ses yeux) elle avait grogné et rechigné.
Mais la perspective de passer la journée à faire le babysitting de ses frères ne l’enchantant guère, elle avait pourtant fini par céder.
Dans la petite salle dédiée, une dizaine de jeunes gens bavardaient tranquillement. Apparemment, certains étaient là depuis plusieurs jours et se connaissaient déjà.
Trois jeunes filles d’à peu près son âge discutaient ensemble à l’autre bout de la pièce en ricanant. Se moquaient-elles d’elle, de sa peau laiteuse et de ses nouvelles rondeurs déformant ses vêtements ?
Emma ne se sentait pas du tout à sa place. Mal dans sa peau, elle se trouvait toute boudinée dans son mini-short. Qu’est ce qui lui avait pris de s’habiller comme ça alors que son corps victime de la puberté la complexait tellement ?
Emma regardait le bout de ses orteils et leurs ongles peints en rose nacré pour cacher son malaise.  Remarquant son embarras, un charmant animateur l’accueillit chaleureusement et tenta de l’intégrer au groupe. Elle se détendit alors un peu mais resta d’abord à l’écart en observant les cercles se former pour tenter d’y trouver sa place.
C’est là qu’elle le vit. Il entra avec une nonchalance désarmante, balayant la pièce de ses magnifiques yeux bleu azur que son teint hâlé mettait particulièrement en valeur.
Quand leurs regards se croisèrent, Emma sentit un long frisson tel qu’elle n’en avait jamais connu lui parcourir la colonne vertébrale et résonner jusqu’au plus profond de son être.
Un instant, elle se demanda si ses jambes n’allaient pas tout simplement flancher.
Le coup de foudre. Oui, c’était ça, elle venait de vivre cette expérience qu’elle avait si souvent lue dans des livres, elle en était certaine.
-Juliaaaan,miaula une petite brune trop sûre d’elle en s’accrochant au cou du jeune homme.Très vite, Emma comprit : toutes n’avaient toutes d’yeux que pour le jeune garçon. Il n’y avait absolument aucune chance qu’il la remarque au milieu de cette bande de bêcheuses. Ravalant la boule qui se formait dans sa gorge, Emma baissa les yeux pour ne pas pleurer : non, ça ne pouvait pas être un coup de foudre puisque ce qu’elle avait ressenti était sans aucun doute à sens unique.
Résignée, elle passa les jours suivants à profiter de longues baignades dans l’océan turquoise tandis que les autres filles se faisaient bronzer sur la plage. Décidément, elle n’avait rien en commun avec les midinettes de son âge.
Le sel lui picotant sa peau, Emma se laissait bercer par le doux roulis des vagues en regardant le ciel sans nuage de cette belle journée. L’eau était bien le seul élément dans lequel elle ne se sentait pas complètement gauche. Elle entendait en fond des enfants crier de joie en construisant un château de sable ou en jouant au ballon. Qu’il était loin ce temps de l’innocence et des éclats de rire pour elle.
Emma nagea, avança autant qu’elle pouvait pour s’éloigner de la plage et de toutes ces émotions qui la débordaient. Mais certains bruits semblaient pourtant la poursuivre.
Elle se retourna et elle hoqueta de surprise quand elle comprit que Julian était là, tout près d’elle et qu’il l’a regardait en souriant et en haletant.
         – La vache, qu’est ce que tu nages vite ! s’exclama-t-il. J’ai cru que je n’arriverais jamais à te rattraper…
Emma continuait à remuer ses membres pour ne pas couler, mais son esprit était totalement engourdi par la stupeur et l’incompréhension.
Que faisait-il là, si près d’elle ? Était-elle encore entrain de rêver à ce garçon qui lui était pourtant si inaccessible ?
Toutefois, la scène semblait bien réelle : il s’approcha encore, glissa sa main derrière sa nuque et leurs fronts se touchèrent. Ils se fixèrent ainsi, de longues minutes, souhaitant étirer le temps. Emma tremblait de tous son être, l’émotion qui la submergea était comme un immense tsunami. Le souffle court, elle sentait chaque fibre de son corps vibrer d’impatience de recevoir ce baiser qu’elle attendait tant.
Quand leurs lèvres se touchèrent enfin, avides, Emma eu le sentiment qu’ils ne formaient plus qu’un. Cette plénitude lui faisant presque oublier de nager, elle se laissa porter par les bras forts et assurés de celui qui sera son premier amour. Un amour de vacances, certes, mais suffisamment marquant pour que quinze ans plus tard, elle y pense encore avec la nostalgie douce amère d’un des plus beaux moments de sa vie.

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