Assise sur mon volcan

blog de maman / femme / râleuse / boulimique d'écriture (rayer la mention inutile)

mes histoires #11 : Et si ?

Cécile est éreintée. Deux heures de route aux aurores, dix heures de conférence inintéressante et il lui reste encore deux heures de route avant de rentrer chez elle et de retrouver sa petite famille. Cette fichue réunion avait tardé, tardé, mais elle n’avait pas réussi à se résoudre à partir avant la fin, à l’heure prévue. La voilà donc entrain d’arpenter cette immense autoroute, de nuit, épuisée.

Le vent est fort et la neige tombée quelques jours plus tôt remplit toujours les bas côté. Cécile a un peu peur que le verglas soit de la partie. Mais elle a tellement hâte de retrouver ses enfants qu’elle maintient sa vitesse. Probablement un peu trop rapide, mais tant pis. Ces bouts de chou seront sûrement déjà endormis profondément, mais elle rêve juste de les voir, sentir l’odeur de leurs cheveux et leur poser un tendre baiser sur le dessus du crâne.

Ses paupières sont lourdes et malgré les kilomètres engloutis, il lui semble chaque minute plus difficile de rester concentrée. Cécile avale une gorgée de coca, un peu de caféine devrait suffire à la tenir éveillée.

Et ces voitures en face qui ne baissent pas leurs phares sous prétexte qu’une mince barrière métallique les sépare. Cécile a une très bonne vision nocturne, mais le revers c’est une grande sensibilité à la lumière. Et là, c’est un calvaire !

Arrive enfin la bretelle d’autoroute. Cécile met quelques minutes à retrouver sa carte bleue, enrageant encore de devoir avancer tous ces frais pour son pingre de patron. Pourquoi fait-elle tout ça déjà ? Il y a des jours comme ça où elle ne comprend plus l’intérêt. Pourtant elle l’aime ce boulot. Mais il l’éloigne tellement de sa famille et lui rapporte tellement peu, aussi bien financièrement qu’humainement. Mais c’est comme ça, elle ne peut pas s’empêcher de tout faire bien comme il faut. Toujours être dans les clous, ne pas sortir du moule. Surtout ne pas marquer sa désapprobation.

Allez, plus que quelques kilomètres. Elle a déjà une heure de retard par rapport à ce qui était prévu avec la baby-sitter. Elle lui a passé un petit coup de fil en partant, mais vraiment, elle se sent coupable.

Elle serpente tranquillement sur la route qui traverse la forêt menant à son village en grattouillant la radio. C’est toujours si difficile de trouver une station qui passe un peu de musique dans son trou perdu.

Ce n’est qu’à la dernière minute qu’elle voit le cerf qui traverse sauvagement devant ses roues. Elle appuie brutalement sur la pédale de frein mais perd le contrôle du véhicule. Par chance, un gros tas de neige arrête la course folle du véhicule. Mais sous le tas de neige, un rocher a fait éclater le pneu.

À bout de nerf, Cécile passe vingt minutes allongée dans la poudreuse souillée pour changer sa roue. Elle a toujours eu peu de force dans les bras, tellement qu’elle est incapable d’ouvrir un bocal de cornichons toute seule. Alors dévisser et revisser une roue, le cauchemar !

Heureusement, cette journée touche enfin à sa fin. Détrempée et laminée, Cécile grelotte mais souffle de soulagement en apercevant le panneau marquant l’entrée de son village. Elle traverse doucement les petites rues qui serpentent entre les vieilles maisons de pierres. Cécile est perplexe, elle trouve le village bien vivant à cette heure indue. Des gens sont dehors, des badauds se promènent. Enfin non, ils ne se promènent pas, ils se dirigent tous dans la même direction. La direction de sa maison.

Cécile a l’impression que son cœur va exploser quand elle aperçoit enfin son petit chalet en bois. En fait, elle le voit à peine, elle voit surtout la dizaine de véhicules rouges qui clignotent, et les flammes. Mon dieu, quelles flammes ! Non, ça ne peut pas être vrai, ça ne peut pas !

Cécile est d’abord tétanisée, elle ne réalise pas.

Elle fixe les grands éclairs orangers qui s’élèvent de ses fenêtres, et les ombres en uniformes qui essayent de l’éteindre avec leur ridicule lance à eau. En larmes, Cécile laisse précipitamment son véhicule au milieu de la route et traverse en courant les quelques mètres qui la séparent de son chez elle.

C’est là qu’elle les aperçoit. Ces deux petites couvertures qui masquent quelques formes étranges. Ces deux affreuses couvertures dont dépassent de minuscules pieds.

Un cri inhumain s’élève de sa gorge sans même qu’elle en ait conscience.

Et si elle était partie plus tôt, et si elle n’avait pas croisé ce cerf sur sa route ? Et si elle arrêtait de vouloir être partout à la fois pour ne jamais être là quand il faut ?  Et si, et si….

Cécile, veut se jeter sur ces couvertures, elle veut les soulever et qu’on lui dise que non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas eux. Mais quelqu’un lui barre le chemin, l’agrippe par les épaule et lui souffle un mot qu’elle ne comprend pas quand soudain….

 

Cécile se réveille en sursaut. L’homme en face d’elle entrain de poursuivre sa litanie sur la relance économique du territoire. Cécile regarde sa montre, il est 17h. Il est encore temps. Encore temps de rentrer sans risquer un accident à chaque coin de route, encore temps de partir sans risquer sa vie pour écouter ces inepties qui ne lui serviront à rien, encore temps de faire tourner sa clef dans la porte grinçante de sa maison qu’elle aime tant, encore temps de serrer ses enfants dans ses bras…

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11 thoughts on “mes histoires #11 : Et si ?

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