Assise sur mon volcan

blog de maman / femme / râleuse / boulimique d'écriture (rayer la mention inutile)

Mes histoires #10 : putain, vingt ans !

Les petits cris stridents de la bouilloire me sortirent de la torpeur. Et lui, il était là. Je n’arrivais plus à savoir si c’était depuis deux minutes ou deux heures. Pourquoi, après tant d’années mon cerveau était autant embrouillé par sa présence. Et mes sens, mon dieu mes sens, complètement déboussolés. Les sons étaient plus fort, les odeurs plus entêtantes, la chaleur du rayon de soleil qui filtrait par la fenêtre plus chaude.

Il était là, assis sur la chaise de ce qui servait de cuisine à mon petit studio, il me regardait mais ne disait rien. Son regard était toujours le même, même vingt ans après. J’avais toujours l’impression étrange que ces yeux noirs transperçaient mon âme pour n’en laisser que des miettes. J’essayais de ne pas interpréter ce que j’y voyais, dans ce regard, mais je savais exactement ce que j’avais envie d’y lire.

Pourtant, il était trop tard pour nous deux. Notre chance, on l’avait eu, et il m’avait brisé le cœur sans préavis.

Vingt ans, oui vingt ans que je repensais à cette scène sous la pluie, au milieu de la rue où il m’annonçait qu’il me quittait. Aucune raison, aucune explication, avant de tourner les talons et de disparaître. Et moi qui restais plantée là, dégoulinante de pluie autant que de larmes.
Vingt ans que je me faisais le petit film dans ma tête de son retour auprès de moi, de ses excuses, de ses explications « tu étais trop jeune, trop belle, tu méritais mieux que moi ».
Vingt ans que je me demandais comment se seraient passées nos étreintes, si nous avions franchi le pas, s’il n’avait pas eu peur d’être le premier.

Depuis, j’en ai aimé d’autres, mais j’ai gardé ce regret et ces questions au fond du cœur, secrètement.

Et voilà qu’il était assis là, devant moi. Je le voulais, mais je ne le voulais pas. J’avais envie de lui, mais pas d’être avec lui.

Il sourit. Mon dieu ce sourire à faire fondre un glacier. J’en tremblais tellement que je me renversai l’eau du thé sur la main. Quelle idiote !

Vingt ans, vingt ans putain. Et je le laissais toujours me déstabiliser comme une adolescente niaise.

Je me précipitai vers l’évier pour passer ma main endolorie et rouge sous l’eau froide. Je profitai de lui tourner le dos pour essayer de reprendre contenance.

C’est là qu’il se leva et qu’il me demanda :
– ça va ?

Sa voix, cette voix chaude et grave. J’avais l’impression que chaque parcelle de mon corps s’était couverte de frissons à l’entendre dire ces mots pourtant si banals. J’entendis ses pas s’approcher encore et je me figeai. Son souffle caressa mon cou. Sa bouche était tout près, si près.

Je me retournai et il m’embrassa doucement. Ses lèvres étaient douces et fermes. Son baiser, comme dans mon souvenir. J’avais faim de lui. Je l’embrassai moi aussi, mais la douceur avait laissé la place à la passion. Nos mains s’emmêlèrent en tentant de posséder le corps de l’autre. Nos vêtement s’envolèrent. Il me prit dans ses bras et me porta jusqu’à mon clic-clac miteux sans lâcher ma bouche ne serais-ce qu’un seconde.

Quand il se retrouva au dessus de moi, nu, mon regard soudain s’éclaircit et je le vis. Je le vis tel qu’il était et non tel que je l’avais fantasmé tant d’années. Il avait beaucoup maigri, et ses hanches saillantes cognaient sur les miennes à chacun de ses coups de reins. C’était gênant et douloureux. Il était gauche, moi aussi. Nous n’étions pas synchro. Nous ne l’avions jamais été. Chacun de nos gestes manquait nous faire tomber à terre. Je sentis son souffle s’accélérer, mais je ne sentis rien d’autre. Il finit sa petite affaire et se retourna sans un mot, serré contre moi sur mon petit clic-clac plié en position canapé.

Et moi, je fixais le plafond. J’éclatai soudain de rire.
Tout ça pour ça.
Putain, vingt ans.

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6 thoughts on “Mes histoires #10 : putain, vingt ans !

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