Assise sur mon volcan

Mes histoires #1

Aujourd’hui j’ai envie de tester une petite nouveauté sur le blog, j’espère que ça vous plaira !
L’idée m’est venue, hier, pendant mon loooong trajet en train de partager avec vous les aventures qu’imagine mon esprit malade dès que j’ai le malheur de lui lâcher la bride cinq minutes.
Le principe serait donc de partir de choses, de personnes, de situations vécues ou observées, et d’inventer tout un monde, une intrigue autour de ça, mélanger le réel et la fiction sans que vous n’en perceviez les limites, vous emmener dans des histoires folles, effrayantes, romantiques, badines ou futiles (mais courtes)… mes histoires.

TACATA TACATA TACATA

Bercée par le balancement du wagon et le son répétitif du train dansant sur les rails, je regardais ma montre et comptais les heures qui me séparaient de mon retour tant attendu à la maison.
Évidemment, j’étais dans LA bonne voiture du train, celle avec la femme qui se fait les ongles et de l’homme qui beugle dans son téléphone.
Ma tolérance à la nuisance des autres était toujours particulièrement sollicitée dans ces moments là.
Dans ma tête, je m’imaginais entrain de faire avaler son dissolvant à la Pouffe et de piétiner le mobile du Butor.

Puis je respirai un grand coup -par la bouche pour ne pas subir l’odeur nauséabonde des produits chimiques- et tentai de distraire mon esprit.
J’observai la femme assise juste à côté de moi : ses cheveux blonds filandreux en bataille, son ensemble tailleur pantalon d’un bleu nuit austère et son absence de maquillage lui donnaient l’air sévère et fatiguée. Son parfum entêtant participait également à ajouter quelques années supplémentaires à son compteur. Je décidai qu’elle était professeur ou femme d’affaire. Puis elle attrapa une mallette : bien sûr, elle allait profiter du trajet pour travailler… Je souris quand je remarquai le logo « Éducation Nationale » sur les documents.
Derrière moi, l’homme aux mauvaises manières s’esclaffait, nous faisant toujours profiter de sa conversation, le combiné collé à l’oreille. Je ne pus m’empêcher de me retourner pour lui lancer un regard menaçant. En vain.
Voulant se lever pour attraper de nouveaux flacons puants dans sa valise, l’adolescente aux ongles bariolés assise en face de moi renversa son soda, inondant notre tablette commune sur laquelle était posé mon cahier à croquis.
Devant son air navré et sa tentative pitoyable d’essuyer sa maladresse, je serrai les dents.
Ravalant mon exaspération et ma nausée, je collai finalement ma tête contre la vitre froide et regardai le paysage défiler à une vitesse décidément trop peu rapide pour moi.
C’est alors que tout bascula. Littéralement.
Un crissement semblant tout droit sorti des enfers nous perça les tympans. Une multitude d’objets s’envolèrent, comme si la gravité n’avait plus de prise sur notre environnement.
Le temps s’arrêta, un silence immense, un battement de cœur, juste le temps de comprendre…
Je tournai à nouveau la tête vers la vitre et le paysage ne défilait plus. Non, le paysage nous fonçait dessus.
Telle l’œuvre d’un spectateur sadique s’amusant avec sa télécommande, l’action s’accéléra.
Instinctivement, je me retournai et protégeai mon visage. Mais la violence du choc, inévitable et implacable m’envoya rejoindre les différents objets qui flottaient déjà dans les airs.
Comme dans le tambour d’une immense machine à laver, la Pouffe, le Butor, la Prof et moi nous mêlions aux autres passagers dans une danse grotesque.
Je fermai les yeux, espérant me réveiller bientôt d’un cauchemar.
Je retombai lourdement sur le sol et dus rouvrir les yeux.
Le silence fût soudainement submergé de cris d’horreur et de détresse.
Il faisait nuit, mais un brasier à une centaine de mètres de moi éclairait la scène monstrueuse.
Un goût métallique envahissait ma bouche, mais aucune autre sensation n’émanait de mon corps.
Tentant de me relever, je remarquai que ma jambe était pliée suivant un drôle d’angle.
Je ne souffrais pas, mais j’étais dans l’incapacité physique de bouger.
Gisant à côté de moi, Le Butor avait eu moins de chance : c’était son cou qui avait pris une étrange inclinaison.
Le regard perdu dans les limbes, La Prof gémissait. Un immense morceau de verre dépassait de son orbite gauche ensanglantée.
C’en était trop pour mon estomac qui rendit tout son contenu.
Je m’essuyai la bouche, puis je me surpris à la chercher : « Mais où est-elle ? Où est La Pouffe ? Promis, je ne lui ferai pas avaler son dissolvant. Faites qu’elle soit vivante, elle est trop jeune pour mourir. »
Mes yeux noyés par les larmes la trouvèrent finalement dans la pénombre, sa matière grise dégoulinant d’une plaie béante juste sous son oreille, sur le montant en acier d’un fauteuil.
Le cœur toujours au bord des lèvres, je me forçai à avancer en rampant pour m’extirper des débris de bois et de métal qu’était devenu notre train.
Inspirant avec difficulté l’air glacé et gorgé de fumées âpres, je sentis enfin la neige sous la paume de mes mains.
La neige virginale quelques minutes plus tôt était tâchée d’immenses flaques rouges et noires.
En quelques minutes, tout avait chaviré.
Je regardais l’horreur tout autour de moi et je savais, en cet instant, que ma vie ne serait plus jamais la même.
Aujourd’hui, je suis une survivante.

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