Assise sur mon volcan

chapitre 2

Flash Back

 

Nous nous installâmes dehors, assises sur un vieux banc en bois, sous le grand chêne qui ombrageait le jardin du domaine. Malgré l’heure bien avancée et le soleil qui déclinait, la chaleur était toujours aussi pesante. Les grillons rythmaient cet étrange moment de leur chant répétitif. Ma mère sortit de son sac quelques amuses-bouche qu’elle avait probablement grappillés avant que le traiteur ne ramasse tout.

– Mange un morceau, tu n’as rien avalé de la journée et tu vas avoir besoin de force avec ce qui t’attend.

Je n’avais pas faim mais je m’exécutai, trop fatiguée pour protester. Elle me donna une petite assiette en carton qu’elle remplit de nourriture puis elle entreprit de revenir sur la disparition de mon père.

– Je suppose que tu te souviens en détail de cette soirée ?

Ha ça oui, comment oublier ?

 

Quatre ans plus tôt, Jules et moi avions réuni ma famille autour d’un bon repas, chez mes parents. L’appréhension se lisait sur nos visages, mais personne ne se doutait vraiment de ce que nous souhaitions leur annoncer. Nous n’étions en couple que depuis un an, mais Jules avait vraiment été adopté par mes parents, et inversement. C’était donc très important pour lui d’officialiser cette appartenance à la famille et de fonder notre propre foyer, comme pour effacer les douleurs et les manques de son enfance.

Il m’avait demandé en mariage quelques jours plus tôt, dans une mise en scène, classique mais romantique, autour d’un dîner aux chandelles dans notre restaurant préféré. J’avais un peu réfréné son empressement, mais accepté que nous annoncions nos fiançailles à mes parents, même si le mariage n’aurait pas lieu avant plusieurs années. Certes, je n’ai jamais été une grande romantique, mais j’ai tout de même su très tôt qu’il serait l’homme avec qui je partagerais mes projets de vie et mes vieux jours. Nous étions des âmes sœurs, c’était sans conteste ! Mais je voulais d’abord me réaliser en tant que Femme.

Nous attendîmes le moment du dessert pour nous lancer. Nous dégustions la mousse au chocolat préparée par ma mère (mon dessert préféré), dans un silence presque religieux, quand Jules n’y tenant plus, se leva et prit la parole :

– J’aurais peut-être dû vous demander la permission avant, mais voilà c’est fait, j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de ne pas avoir suivi les conventions.

Je vis les sourcils de mon père se froncer dans une grimace d’étonnement et de crainte, puis Jules prendre une grande inspiration :

– J’ai demandé Alina en mariage, et nous sommes donc officiellement fiancés ! bafouilla-t-il, à la fois impatient, ravi et effrayé.

Après quelques secondes de silence qui nous parurent une éternité, mes parents explosèrent de joie. Les minutes qui suivirent ne furent qu’accolades et embrassades. Tous nous félicitèrent chaudement. Puis mon père, très ému, descendit chercher une bouteille de Champagne à la cave pour que nous fêtions tous ensemble cette bonne nouvelle. Ma sœur, alors âgée d’une dizaine d’année, était toute excitée. Elle rêvait déjà de mon mariage, exigeant être ma demoiselle d’honneur et s’imaginant porter une jolie robe de princesse, fantasmant des milliers de détails tout droit sortis de ses contes de fées préférés. Ma mère et son éternel pragmatisme s’inquiétaient tout de même que je termine mes études de psychologie commencées trois ans plus tôt, et espérait que je revienne vivre dans la région avant de me marier. Le repas se termina toutefois dans la bonne humeur, des projets d’avenir plus réjouissants les uns que les autres emplissant la conversation.

Quelques heures plus tard, alors que nous nous préparions à repartir Jules et moi, mon père nous demanda d’attendre un instant. Il souhaitait offrir quelque chose à Jules pour l’occasion : il était tellement fier que celui-ci entre officiellement dans la famille, c’était un peu le fils qu’il n’avait jamais eu. Il partit dans le couloir, nous entendîmes ses pas sur le parquet, puis la porte de la chambre de mes parents grincer ; quelques minutes s’écoulèrent ainsi, plutôt normalement, peut-être un claquement de la porte de l’armoire de la chambre ? Puis, plus un bruit… Et jamais il ne réapparu.

Pendant plusieurs heures, la maison de mon enfance avait ressemblé à un champ de bataille…

– Papa, c’est pas drôle, nous devons absolument partir. On a de la route à faire, j’ai un cours à la première heure demain et Jules doit aller travailler, clamais-je, espérant le voir jaillir de sa cachette.

Nous nous inquiétions, fouillant chaque pièce, retournant chaque meuble, nous ne comprenions pas. L’angoisse montait au fur et à mesure que la soirée avançait. Tout semblait normal, mais mon père n’était nulle part. La police, d’habitude peu encline à prendre en compte les disparitions d’adulte, avait pris au sérieux notre appel quand nous leur avons expliqué les circonstances mystérieuses de cette évaporation. Deux scientifiques et un officier avaient passé la maison au peigne fin et nous avaient demandé à chacun de retracer le cours de la soirée, sans rien trouver de suspect. Le jeune lieutenant Polovitz avait été très aimable et avait tenté de nous rassurer avant de retourner au commissariat. Il promit de nous rappeler dès qu’il aurait une piste sur cette étrange disparition, mais il semblait tout aussi dérouté que nous par cette énigme.

Je n’oublierais jamais cette journée, cette impression de tomber dans un gouffre sans fond, m’enfonçant un peu plus chaque heure dans l’angoisse et l’incertitude…

 

Ma mère m’expliqua que quelques heures plus tard, alors que Jules et moi étions repartis chez nous à regret, et que Mélia s’était endormie sur le canapé, épuisée ; elle s’était assise sur son lit, essayant de réaliser ce qui se passait. Essuyant ses larmes, elle parla seule, devant le miroir de l’armoire : « mais où est-tu passé Paul ? ». À ces mots, la glace se couvrit de buée et un message apparu : « je suis juste là, derrière, je ne comprends pas, je … ». Mais, comme s’il avait été interrompu, la phrase resta suspendue ainsi un instant. Puis, s’écrivirent de manière précipitée ces deux mots : « aide-moi ». Comme je l’avais vécu dans la suite nuptiale quelques heures avant ce récit, je compris que le message s’effaça rapidement et que ma mère cru avoir rêvé ce bref instant. Elle me dit être ensuite allée se coucher après avoir avalé une poignée de calmants.

Les premiers rayons du soleil lui firent ouvrir les yeux le lendemain. Éveillée de cette nuit sans rêve, elle goûta avec bonheur à la douceur de ces quelques minutes durant lesquelles vous ne vous souvenez plus où vous êtes, ce genre de moment où la vie semble si calme et où tout est cotonneux. Puis des réminiscences de la veille firent à nouveau monter l’angoisse et l’incertitude en elle. Un vague souvenir d’une histoire avec le miroir lui revint. Et soudain, le doute l’assaillit : « il m’a parlé ? ». Elle s’assit sur le lit et s’adressant au miroir, s’exclama : « chéri, tu es là ? ». Mais elle n’eut pour toute réponse que son reflet, les cheveux hirsutes et les yeux bouffis. « N’importe quoi, voilà que je parle à mon miroir maintenant ! » se rabroua-t-elle à voix haute.

Ma mère me retraça les jours infernaux qu’elle avait vécus à la suite de ça, décrivant en détail les émotions et les questionnements qu’elle avait traversés, le manque d’appétit, l’affolement, l’inquiétude, les recherches, les coups de téléphone à toutes leurs connaissances…

Impatiente, je l’interrompis :

– Mais, finalement, c’était une hallucination le miroir ? tu n’as pas eu d’autre message de papa ?

– De qui peux-tu bien avoir hérité cette impatience, dis-moi ? Sourit-elle. Excuse moi ma chéri, je m’étends sur des détails que tu connais déjà et j’en oublie l’essentiel : j’ai eu un second message, une semaine après sa disparition, sur le miroir de la salle de bain cette fois.

– Et que disait-il ?

– « il faut retrouver l’âme inversée ».

Ma mère sourit en voyant mes sourcils se froncer dans une grimace de perplexité :

– Je te laisse imaginer les yeux ronds que j’ai fait en lisant ça : non seulement les miroirs se mettaient à me parler – ce qui n’est déjà pas une mince affaire – mais en plus je ne comprenais pas un mot de ce qu’ils me chantaient …

– Des âmes inversées ? répétais-je doucement, incrédule.

Je ne devrais peut-être pas encourager maman dans son délire. Tout ça n’a vraiment aucun sens …

– Oui, laisse-moi te dire que j’ai douté de ce que j’avais vu. Mais je n’avais aucune autre piste à suivre, et rien d’autre à faire que de chercher le sens de ces mots… alors j’ai cherché ! et contre toute attente, j’ai trouvé des réponses.

Bien sûr, elle ne trouva rien en tapant « âmes inversées » sur internet, à part quelques histoires écrites sur des blogs de fans de science fiction ou des numéros de voyantes ; mais rien en rapport avec des disparitions mystérieuses. Elle ne se laissa pas décourager pour autant : elle ne faisait pas partie de cette génération qui pense que si quelque chose n’est pas trouvable sur Google, c’est qu’il n’existe pas du tout. Elle passa plusieurs jours à écumer les bibliothèques municipales, les librairies et boutiques en tout genre, amassant quelques infimes éléments qui lui permirent de se faire une conviction, petit à petit sur la réalité de ses visions.

Ainsi, dix jours après la disparition de mon père, elle découvrait qu’elle pouvait communiquer avec lui. Un matin, descendant une rue commerçante où elle avait pourtant l’habitude de passer, elle remarqua une enseigne : « la clé du triangle, ésotérisme ». Cette petite boutique aux vitres fumées n’avait rien de l’endroit glauque auquel elle s’attendait. Une fois passée la porte dont le carillon aux notes cristallines chantait subtilement l’ouverture, le carrelage blanc au sol, propre et tout ce qu’il y a de plus banal, rendait la petite pièce qui faisait office de boutique très accueillante ; et les étagères en verre, chargées de livres, de bougies et autres cristaux donnaient très envie de farfouiller. De l’encens parfumait la pièce de lourdes senteurs indéfinissables qui se mêlaient à la diffusion d’une musique douce et entêtante. Le tout créait une ambiance apaisante mais impénétrable et un environnement totalement fascinant. Une dame souriante se tenait à la caisse de la boutique, à côté d’une porte sur laquelle était accrochée l’inscription : « consultation privée ». Elle portait une robe longue couleur prune, et ses cheveux poivres et sels étaient tressés en une natte qui lui descendait jusqu’au bas des reins. Une chaînette pendait à son cou, mais le médaillon qu’elle retenait n’était pas visible car il disparaissait dans son généreux décolleté. Elle ne portait pas de maquillage, mais malgré ça, son visage ne semblait pas avoir d’âge et ses rides s’effaçaient derrière son expression impénétrable.

Un peu exaspérée par ses recherches infructueuses, ma mère alla droit au but, insensible à l’idée de passer pour une farfelue. Ainsi, elle l’interrogea sur les miroirs magiques et les « âmes inversées ». À son grand étonnement, la vendeuse sembla sincèrement intéressée et lui demanda les raisons de ses questionnements, écoutant avec attention son récit. Elle lui promit de faire des recherches plus approfondies, mais lui dit que pour le moment, elle ne voyait qu’un seul ouvrage capable de lui donner quelques réponses. Elle sortit d’une étagère un magnifique grimoire neuf, mais imitant à la perfection l’aspect d’un livre ancien et précieux. Étaient gravés en lettres dorées sur la lourde couverture en cuir : « Magie à l’usage des honnêtes gens, recueil des pratiques anciennes ».

Dès les premières pages, ma mère comprit qu’elle pourrait en tirer plus de renseignements qu’elle n’en avait trouvés jusqu’à maintenant. Aucun des douze chapitres ne relatait d’histoire d’âmes inversées, ou de disparition. En revanche, le second expliquait qu’à une époque reculée, il était courant de communiquer par le biais de miroir. Par chance, il détaillait également le moyen utilisé par les mages d’antan pour fabriquer une décoction et les incantations nécessaires à ce sort. Elle mit plusieurs jours pour réunir tous les ingrédients essentiels à la réussite de son entreprise, notamment les fleurs de poinsettia (aussi appelée « étoile de noël »), dont la floraison n’a habituellement lieu qu’en hiver. Cette même plante, l’apprit-elle à ses dépends plus tard, limitait la fréquence des incantations, sa sève toxique risquant d’empoissonner le malheureux qui abuserait du sort.

Elle attendit que Mélia soit sortie avec ses amis pour tenter sa petite expérience. Sa première tentative fut infructueuse, elle embauma sa chambre d’un parfum nauséabond, mais ne réussit pas à faire parler le miroir. Tellement pressée de reparler à son mari, elle avait lu à la hâte les incantations et n’avait pas scrupuleusement respecté les proportions des ingrédients de la potion. Mais comprenant que le sort nécessitait beaucoup de rigueur et sa ténacité n’ayant pas d’égal, elle retenta sa chance le lendemain, cette fois avec plus de succès :

– Paul ?  dit-elle à voix haute après avoir avalé la potion et écrit sur le miroir les mots « disputatio» et « transitum ».

Cette fois, le miroir ne se couvrit pas de buée, mais les mots se tracèrent comme s’ils étaient écrits avec une encre cramoisie : « oui, je suis là, mais je ne peux pas répondre à tes questions comme tu le voudrais ». Chaque mot ne restait lisible que quelques secondes, et la phrase s’effaçait au fur et à mesure de la lecture.

– Alors, dis-moi ce que tu peux, dis-moi comment te sortir de là.

«  Il ne me reste que quelques jours avant que la transition soit finie, après ça, il sera trop tard. Il faut que tu trouves l’âme inversée, et que … »

Les inscriptions cessèrent brusquement. Déçue et paniquée à l’idée de lui avoir fait courir un risque, elle relit avec hâte son livre. Elle avait omis les derniers paragraphes de recommandation qui indiquaient, entre autre, la durée très limitée de ce sort. Elle décida donc de recommencer. Elle concocta un nouveau bol de potion qu’elle avala d’une traite. Mais au moment de tracer les mots clés sur le miroir, sa tête se mit à tourner et elle s’évanouit.

Se réveillant quelques heures plus tard à l’hôpital, elle retrouva Mélia en pleurs à son chevet. Les médecins avaient parlé de tentative de suicide, et la pauvre enfant était dépassée par tous les malheurs qui s’abattaient sur sa famille ces dernières semaines.

***

– Mais, pourquoi je n’en ai jamais rien su ? M’interrogeais-je, indignée.

– Tu devais commencer ton stage professionnel, tu étais très occupée… puis j’ai pensé que tu me prendrais pour une folle, et que tu voudrais m’enfermer avec tes patients et m’analyser, avoua-t-elle finalement à demi-mot.

– Maman, tu as une vision vraiment caricaturale de ce qu’était mon travail, soupirai-je. Mais il est probable que si tu m’avais parlé de tes élucubrations à ce moment là, j’en serais venu à la conclusion que tu avais besoin d’un soutien psychologique, voire médicamenteux.

– C’est un peu ce que se sont dit les médecins à l’hôpital je crois, même si je ne leur ai pas parlé de mes théories. Mon empressement à sortir pour continuer mes recherches n’a pas suffit à me rendre convaincante. Ils m’ont gardée en observation une semaine et m’ont mise sous sédatifs. Malheureusement, ce temps si précieux m’a probablement coûté la chance de libérer ton père… J’ai appris plus tard, que je n’avais qu’un mois à compter du jour de sa disparition pour le libérer, qu’après il serait perdu. Au final, je n’ai donc eu réellement que trois jours pour réaliser mes recherches de « l’âme inversée » qui l’avait fait traverser.

– Comment as-tu découvert tout ça ?

– Grâce à Mariella principalement, la femme de la boutique. C’est elle qui m’a aussi trouvé ce livre, dit-elle en sortant de son sac un petit ouvrage jauni et corné. Ça s’appelle « la légende des deux faces du monde » et j’y ai trouvé des explications sur plusieurs points qui m’ont permis de partir concrètement à la recherche des éléments qui me manquaient. Et la suite et fin de mes espoirs, nous l’avons trouvée dans ce livre là, l’année dernière, ajouta-t-elle en sortant de son sac un autre vieux livre nommé « le voyageur ».

Je restais songeuse quelques instants :

– C’est après ça que tu m’as appelée pour me dire qu’il fallait laisser tomber et recommencer à vivre ?

– Oui, répondit-elle tristement. Sombrant brusquement dans la mélancolie.

Son sourire malicieux avait disparu, et elle m’invita à relire moi-même ces livres et à revenir en discuter avec elle après, pour savoir si j’en faisais la même interprétation qu’elle.

– Tu as pu reparler avec papa ?

– J’ai retenté le sort, avec plus de parcimonie, dès mon retour de l’hôpital. A priori, on peut utiliser la potion à raison d’une fois par semaine grand maximum, une gorgée de plus qu’à ma première tentative m’aurait probablement été fatale …

– Alors tu lui parles encore ? lui demandais-je, pleine d’espoirs

– Non, une fois le délai d’un mois dont je t’ai parlé plus tôt passé, je n’ai plus pu communiquer avec lui… en fait, après mon retour de l’hôpital, je ne lui ai parlé qu’une seule fois.

– Et qu’a-t-il dit ?

« Il faut que tu retrouves l’âme inversée près du miroir originel tant que la transition n’est pas faite. Il ne me reste que quelques jours, après tout sera fini. Je crains qu’il ne soit trop tard. Je t’aime, prends soin des … ».

– Voilà exactement ses derniers mots, ils sont gravés en moi… je n’ai même pas eu le temps de lui répondre. Mais je suis certaine que cette phrase contient toutes les réponses, même si je n’en ai décodées que quelques unes.

– Il faut que tu m’expliques tout ce que tu as découvert, ça gagnerait un temps fou sur les recherches que je vais avoir à faire, parce qu’honnêtement, cette phrase est en grande partie incompréhensible pour moi : âme inversée, miroir originel, transition… J’ai du mal à admettre que tout ça soit réel.

– Il est tard mon ange, je t’en reparlerai plus tard. Je vais te raccompagner chez toi, tu vas te reposer et lire les livres que je t’ai apportés. Pendant ce temps, je vais réunir les éléments nécessaires à la potion pour que tu puisses parler à Jules et essayer de le sortir de là.

– Mais maman, si comme tu le dis, le temps est compté, il faut tout me dire maintenant, la pressai-je en la retenant par le bras quant elle s’apprêtait à se lever.

– Non, tu as besoin d’une nuit de repos, et de prendre du recul. De plus, j’aimerais connaître ton interprétation des ouvrages que j’ai rassemblés. Plus de discussion ! dit-elle sur un ton soudain plus autoritaire, je vais chercher ta sœur, attends-nous là. Ensuite, nous te déposerons à ton appartement et tu tâcheras de te reposer.

Je savais que quand elle prenait ce ton là, il ne servait à rien d’argumenter ou de rechigner. Je la laissai partir, et je m’abandonnai à cette grande vague de fatigue que l’énervement empêchait de me submerger jusque là.

***

BAM ! BAM !

Ce bruit sourd me fit sursauter, puis je me souvins soudain quel jour nous étions. La conversation que Jules et moi avions eue un an plus tôt me revint en mémoire :

– Je voudrais des feux d’artifices comme ceux-là à notre mariage, rêva-t-il.

– Nous n’aurons qu’à nous marier un 14 juillet alors, répondis-je, très pragmatique.

– Très bien, dans ce cas on fixe la date à l’année prochaine.

Voyant mon visage s’assombrir, il reprit doucement :

– Écoute, je sais que c’est très dur pour toi, que tu veux attendre le retour de ton père. Moi aussi j’aurais préféré qu’il soit avec nous pour ce grand jour. Mais ça fait trois ans maintenant, tu ne crois pas qu’il est temps d’avancer ?

Je restai silencieuse un moment, résignée et pensive :

– Tu as peut être raison, cédais-je enfin. Tu sais, j’ai eu une discussion similaire avec maman il y a quelques jours. Elle me disait justement qu’elle-même baissait les bras, que je devrais en faire autant. C’est vrai que j’ai complètement dirigé ma vie par rapport à cette disparition, j’ai même changé de boulot, c’est pathétique… Ma mère me dit qu’il faut que nous vivions notre vie et que tout espoir était perdu ; et aucun indice probant ne s’est présenté en trois ans.

Après un moment de réflexion, je pris un ton plus enjoué :

– Soit, allons-y, fixons la date au 14 juillet de l’année prochaine !

Jules me sauta littéralement au cou, il était le plus heureux des hommes. Sa joie me combla complètement, m’emplissant d’un sentiment de calme et de plénitude que je n’avais pas connu depuis longtemps.

C’est donc à ça que ressemble le bonheur.

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